Stratégie d’émission des titres publics et coût de financement du Trésor en République Démocratique du Congo (2019-2023) : diversification des instruments, arbitrage coût-risque de refinancement et contraintes de marché

Auteurs

  • Ilunga Danny Bapebabo Université de Kinshasa, République Démocratique du Congo
  • Félix Lumonansoni Makwala Université de Kinshasa, République Démocratique du Congo
  • Vincent Ngonga Nzinga Université de Kinshasa, République Démocratique du Congo
  • Josué Lusilao Lungela Université de Kinshasa, République Démocratique du Congo

Mots-clés:

titres publics, stratégie d’émission, coût de financement, risque de refinancement, dette intérieure, République Démocratique du Congo

Résumé

La relance du marché intérieur des titres publics en République Démocratique du Congo, à partir d’octobre 2019, marque la troisième expérience d’émission de titres publics dans l’histoire économique du pays, après une première expérience durant la période coloniale et une deuxième phase engagée dans les années 1983-1985, puis abandonnée au cours des années 1990. Cette nouvelle phase s’inscrit dans une volonté de diversifier les sources de financement du Trésor, de réduire la dépendance aux mécanismes traditionnels de financement public et de structurer progressivement un marché domestique de la dette. Entre 2019 et 2023, le Trésor congolais a élargi la gamme des instruments émis, en passant des bons du Trésor en francs congolais aux titres indexés, puis aux bons et obligations libellées en dollars américains. Cette diversification s’est accompagnée d’une hausse sensible de l’encours, passé de 112 milliards de CDF à fin 2019 à 1 428,76 milliards de CDF à fin décembre 2023, sans pour autant garantir, à elle seule, une amélioration complète de l’efficience du financement public.

Cet article analyse la stratégie d’émission des titres publics du Trésor congolais sur la période 2019-2023, en interrogeant sa capacité à concilier diversification des instruments, maîtrise du coût de financement et gestion du risque de refinancement. L’étude adopte une démarche mixte à dominante quantitative. Le premier niveau d’analyse est institutionnel et descriptif. Il porte sur l’évolution du cadre réglementaire, des instruments émis, des encours et de la structure des investisseurs. Le second niveau est statistique. Il mobilise des données mensuelles afin d’identifier les déterminants du taux moyen pondéré des adjudications, retenu comme indicateur du coût de financement du Trésor.

Les résultats montrent que la stratégie d’émission a effectivement favorisé une diversification progressive des instruments et une augmentation sensible du volume des opérations du marché domestique des titres publics. Toutefois, cette transformation demeure contrainte par la faible profondeur du marché, la domination des banques commerciales, l’animation limitée du marché secondaire et la participation encore réduite des investisseurs non bancaires. Les estimations statistiques indiquent que le coût des émissions est principalement déterminé par les conditions monétaires internes, en particulier le taux directeur et l’inflation. Le taux de change exerce un effet positif plus modéré, tandis que le taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) présente un effet significatif dont l’interprétation doit rester prudente. La variable d’indexation ne ressort pas comme un déterminant autonome robuste dans la spécification complète. Ces résultats suggèrent que la diversification instrumentale constitue une avancée réelle, mais qu’elle ne suffit pas encore à stabiliser pleinement l’arbitrage entre coût de financement, profondeur du marché et risque de refinancement.

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Publiée

2026-06-15